arts plastiques Culture

|| EXPO || « L’oeil du connaisseur » de Bernardi Roig, exposition au musée Ianchelevici

C’est lors de la conférence de presse consacrée à l’exposition « L’oeil du connaisseur » de Bernardi Roig, que l’on a pu découvrir en avant première les oeuvres de ce sculpteur majorcain. Celle-ci s’est tenue vendredi passé, au sein du musée Ianchelevici de La Louvière. On a alors eu le privilège de participer à la visite guidée en présence de l’artiste en personne, de sa galeriste Zaira Mis, et de la conservatrice du musée Valérie Formery. Durant cette visite, on a alors été plongés dans un univers particulier, interpellant, d’un blanc immaculé, où le temps n’existait plus. Belle&Belge vous retrace cette expérience visuelle hors du commun.

« L’oeil du connaisseur » est une exposition consacrée à l’artiste Bernardi Roig, dont les oeuvres investissent durant deux mois les salles du musée Ianchelevici. Celle-ci permet d’inaugurer un nouveau cycle biennal d’expositions basées sur un sculpteur international. Le travail de ce dernier est alors mis en parallèle avec celui de Idel Ianchelevici, qui constitue la collection permanente visible au rez-de-chaussée du musée. Le but est de créer une relation entre deux artistes qu’a priori rien ne lie. 

On se retrouve donc à l’étage du musée louviérois, auprès de Bernardi Roig qui se prête volontiers au jeu des questions-réponses des journalistes présents. On l’interroge sur ses oeuvres, leurs significations et leurs fabrications, sur sa démarche et son parcours artistique. L’artiste est facile d’accès, très humain et simple. Il répond à toutes les questions sans aucune hésitation et parfois même avec quelques notes d’humour. Bref,  c’est une visite guidée vraiment très agréable. 
Il faut savoir que durant cette visite, Bernardi Roig nous reçoit en tant que commissaire d’exposition, et non en tant qu’artiste. Il a donc beaucoup plus de recul pour parler de ses oeuvres, de leur évolution, de leur mise en espace au sein du musée, etc.
Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.14
Pierrot le Fou, 2010 – sculpture en résine polyester et poussière de marbre, tubes néons et verre © Bernardi ROIG 

L’artiste

On apprend que l’artiste est autodidacte. Et quand on lui demande si selon lui, c’est un avantage ou un inconvénient de l’être, il répond: « Non, ce n’est pas du tout un avantage. J’aurais tellement aimé faire partie des plus grandes écoles d’art d’Espagne. Le fait d’être autodidacte, d’apprendre par moi-même n’a pas été simple ». 

L’artiste nous explique qu’il a d’abord commencé par dessiner. C’était comme une urgence. Pour lui, le dessin, c’est l’imaginaire se trouvant dans le cerveau qui entre en contact avec la dureté de la main. Cette dernière agit comme un enregistreur. Il a donc beaucoup dessiné mais il s’est par après tourné vers la sculpture et la vidéo. 

Bernardi Roig étant autodidacte, il possède alors des assistants qui s’occupent de la réalisation de ses sculptures et de ses vidéos. L’artiste s’occupe principalement de l’idée, des avant-projets et des croquis préparatoires.
 

On peut se demander ce qui a donné l’envie à Roig de se lancer dans l’art et dans la création. On pose donc directement la question à l’artiste: « C’était d’abord par curiosité, pour savoir ce que je dessinerais si je savais dessiner. Après c’est un engrenage et ça devient quelque chose de vital. L’art est un désir très fort. » Avec beaucoup d’humour, il poursuit: « J’ai commencé jeune, à 16 ans. A l’époque, je voulais être Elvis Presley mais le nom était déjà pris. J’ai toujours beaucoup apprécié la musique mais je n’étais pas fait pour ça. Alors, ce qui était le mieux pour moi, c’était de travailler avec mes mains pour faire de l’art. Je reste cependant un très grand amateur de musique ». 

Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.20
Etude pour La mort du peintre (I, II, III), 1997 – Graphite et charbon sur papier  © Bernardi ROIG

Bernardi Roig se décrit comme un artiste anti-hyperréaliste. En effet, il vient d’un pays où la tradition du réaliste est toujours très importante, très ancrée. L’artiste a beaucoup d’affinités avec la culture postmoderne. 

Pour situer le parcours et la carrière de l’artiste, Roig a déjà fait près de 64 expositions personnelles, passant par les plus grandes capitales du monde telles que Paris, New-York, Rome et Bruxelles. 
Il a également participé à 150 expositions collectives, toujours à travers le monde mais aussi plus particulièrement en Espagne, son pays natal. 

Ses oeuvres

« L’oeil du connaisseur » est une exposition qui permet au public de découvrir une sélection de sculptures, d’installations, de dessins et de vidéos de l’artiste. 

Concernant les sculptures, le travail de Roig consiste à faire des moulages blancs, à l’échelle 1/1, du corps de son père et de ses amis. Ces sculptures ont toujours le torse nu et le jean déboutonné. Le pantalon est quant à lui un vrai pantalon peint. Le reste du corps est quant à lui trempé dans de la résine mélangée à de la poussière de marbre.

Quand on demande à l’artiste pourquoi représenter continuellement des hommes de cette manière, il répond: « Durant toute ma jeunesse, j’ai eu ce  modèle du père bedonnant, torse nu, avec le jean entrouvert parce qu’il n’arrivait pas à le fermer. Cette image m’a suivi. Ensuite, je ne représente jamais les femmes car à vrai dire, je ne sais pas comment représenter la femme. Je suis un homme et par conséquent, je me sens plus proche de la psychologie de l’homme. »
Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.26
Globo Blanco, 2012 – Sculpture en résine de polyester et poussière de marbre  © Bernardi ROIG
Concernant la symbolique générale des oeuvres de l’artiste, Bernardi Roig souhaite représenter un homme face au monde et à l’inconnu, enfermé dans la solitude et dans l’incapacité de communiquer. L’image que je crée devient alors un miroir. « Le but est de créer la solitude dans la tête du spectateur », explique l’artiste. 

Cette solitude est par ailleurs renforcée par plusieurs situations. Premièrement, la lumière y joue un rôle prépondérant. En effet, celle-ci aveugle généralement la sculpture, qui se trouve face à elle. Elle peut également lui entourer le visage ou se trouver dans sa bouche, l’empêchant de voir ou de communiquer. Par la même occasion, cette lumière aveugle le spectateur. Deuxièmement, la solitude est également renforcée par la disposition des sculptures dans l’espace. Celles-ci se trouvent bien souvent positionnées ou coincée face à un mur blanc ou composé de néons, un peu comme si elles étaient punies, ou face à un écran diffusant des vidéos. Elles sont réellement prisonnières de leur situation et de leur condition. L’isolement se fait très fortement ressentir. 

Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.32
Mouth-light Exercises, 2005 – Sculpture en résine de polyester et poussière de marbre © Bernardi ROIG  
La lumière est presque une oeuvre à part entière dans les créations de Bernardi Roig.  
En effet, elle y tient une place très importante. Quand on demande à l’artiste ce qu’elle signifie, il nous explique qu’elle représente l’irréel et le rêve. Face à elle, le spectateur est obligé de fermer les yeux. Le but est de saturer l’image, la vision et d’ajouter une image dans les images. La vision s’opère lorsque le spectateur plisse les yeux. L’image se dévoile alors et prend tout son sens à ce moment très précis. La lumière aveugle et en même temps, elle permet de voir.
Cette lumière occupe l’espace et éclaire les oeuvres du sculpteur. L’artiste l’apporte dans les lieux et aucune autre source lumineuse n’est présente lors de ses expositions. De plus, la couleur blanche composant toutes ses sculptures emmagasine cette lumière et la retransmet. On peut alors se rendre compte de la force et de la fonctionnalité de cette couleur.  La lumière permet également de donner vie aux sculptures de l’artiste. Les voir avec ou sans lumière procure deux sensations très différentes.
Dans « L’oeil du connaisseur », on se trouve de ce fait à l’opposé de l’exposition « David Lynch: Circle of Dreams ». Ces deux expositions actuelles de la ville de La Louvière s’opposent et se complètent à la fois. Celle de Lynch qui se trouve au Centre de la Gravure et de l’image Imprimée serait plutôt une représentation des ténèbres, alors que celle de Roig au musée Ianchelevici serait plutôt une représentation de la lumière. 
Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.40
Ejercicios de Vision (Acteon), 2004 – Sculpture en résine de polyester et poussière de marbre © Bernardi ROIG 

Cette couleur blanche, récurrente chez Bernardi Roig, est également présente dans les musiques des vidéos diffusées dans le cadre cette exposition. Ces musiques ont quelque chose de « blanc », de part leur sonorité et les instruments utilisés dans l’une, et de part le rire perceptible dans l’autre. « C’est une musique blanche », nous dit l’artiste.

Pour la phase de création de ses oeuvres, l’artiste s’inspire généralement toujours d’une idée de départ, de quelque chose de préexistant. Il puise tantôt son inspiration dans la mythologie avec différents mythes parfois remis aux goûts du jour, parfois dans le cinéma de Lynch ou de Godart, parfois dans la musique, etc. Ensuite, ses idées prennent différentes formes: « Parfois mon idée prend le volume, parfois le papier, parfois la vidéo. » 

Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.46
Insultos al publico, 2007 – Sculpture en résine de polyester et poussière de marbre © Bernardi ROIG 
Tout au long de cette exposition, en parcourant les salles, on découvre tantôt des sculptures en taille réelle, blanches, coincées entre diverses choses, tantôt une série de dessins au fusain. Ces derniers représentent soit des visages, soit des corps avec des éléments un peu malsains, dotés d’une absence de tête ou encore d’une présence d’un crâne.
On découvre également une série de vidéos, ayant pour sujets des choses simples et montrant des images souvent répétitives. Le traitement de ces vidéos n’est jamais proche du cinéma. La qualité, l’esthétique de l’image et son résultat se rapprochent plus du dessin, d’un art fait main, afin qu’elles s’intègrent parfaitement au reste du travail de l’artiste.
Les oeuvres présentées lors de cette exposition retracent les grandes lignes de la carrière de Bernardi Roig. On a aussi bien droit à des oeuvres de ses débuts, comme le montrent les trois portraits au fusain, ainsi qu’à sa dernière création, comme le montrent les petites sculptures de chiens et du chasseur mi homme, mi cerf dans une vitrine.
L’artiste, ici commissaire d’exposition, se dit content de son parcours et des oeuvres présentées car il y a une vraie cohérence, plutôt inconsciente, au sein de son travail. « On dirait que toutes les oeuvres présentées au musée Ianchelevici ont été créées en deux ou trois années de réalisation. Alors qu’en réalité, elles datent d’il y a beaucoup plus longtemps. Je suis content d’avoir gardé ce même esprit, cette même cohérence », explique l’artiste.
Au travers de ses oeuvres, Roig questionne l’être humain, son identité, ses souffrances, et sa difficulté à évoluer, à s’accomplir. L’artiste nous délivre sa vision personnelle de l’homme.  
Capture d’écran 2014-09-09 à 22.00.55
Valérie FORMERY, conservatrice du musée – Zaira MIS, galeriste de Roig – Bernardi ROIG (de gauche à droite)
L’exposition « L’oeil du connaisseur » est visible durant deux mois, du 30 mars 2013 au 26 mai 2013, au musée Ianchelevici de la ville de La Louvière. L’entièreté des oeuvres de Bernardi Roig présentées font partie de collections particulières, dont certaines sont pour la toute première fois montrées aux visiteurs. C’est pourquoi l’équipe de Belle&Belge vous invite à vous rendre très vite à cette exposition, afin de les découvrir. Vous n’en ressortirez pas déçus! 

Les animations du musée Ianchelevici 

Le musée Ianchelevici propose régulièrement des animations, s’adaptant à chaque exposition temporaire en cours. Dans le cadre de « L’oeil du connaisseur », les animations proposées concernent la manipulation de matériaux blancs, en relation au travail de l’artiste. Les matériaux utilisés sont le savon et le plâtre. Le but est de réaliser des attitudes et des expressions corporelles. Cette animation est accessible dès l’âge de cinq ans. Le musée Ianchelevici propose également des animations basées sur la collection permanente, ainsi que des stages créatifs pour les enfants de 6 à 12 ans. Vous pourrez retrouver l’entièreté des activités pédagogiques réparties sur une année scolaire dans un petit livret proposé par le musée.

Les dates des prochains stages créatifs (40€/semaine):
du 8 au 12/04/2013
du 1 au 05/07/2013
du 5 au 09/08/2013
Enfin, le musée organise également de nombreuses visites guidées pour les familles, les groupes scolaires, les malvoyants, les sourds et malentendants, les personnes ayant des déficiences intellectuelles, etc. Vous pouvez même organiser au sein de ses murs votre anniversaire. Bref, le musée se diversifie et essaye de se rapprocher des différentes catégories de population existantes. Sa volonté de rendre l’art plus facilement accessible est bien présente et sa chaleureuse équipe met régulièrement des choses en place pour que de beaux projets se réalisent.
 
 

rédigé par La Rédac’ Chef 

 sa fiche de chroniqueuse (à venir)

 ses précédents articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *