Culture

NALINI MALANI | Le Centre de la Gravure vibre aux couleurs de l’Inde

L’Inde a envahi La Louvière et son Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée avec  » Beyond Print – Memory, Transference, montage « , l’exposition haute en couleurs de l’artiste Nalini Malani, dans le cadre d’Europalia.India. Des messages forts et engagés, brisant les frontières et faisant trembler les préjugés. Ce sera aussi l’occasion de découvrir les oeuvres des deux artistes Thierry Verbeeck et Pascale-Sophie Kaparis. 

 
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Nalini Malani
Pour sa première exposition en Belgique, on peut dire que Nalini Malani a fait fort. Elle a complètement métamorphosé le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée en un endroit vibrant aux couleurs de l’Orient.

Artiste née en 1946 à Karachi, ville d’origine indienne qui au moment de la partition est devenue pakistanaise, elle fuit avec sa famille le Pakistan pour l’Inde, à cause de leur religion non musulmane.
Elle voyage ensuite dans diverses villes telles que New-York ou encore Paris où elle fait des études d’art. Au travers de ses oeuvres, Nalini Malani témoigne des injustices et des horreurs vécues par les peuples indiens et pakistanais, des guerres de religions, de l’extrémisme hindou et des minorités musulmanes.
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De gauche à droite :
Thierry Verbeeck, Nalini Malani, Catherine de Braekeleer
(directrice du Centre de la Gravure)

et Pascale-Sophie Kaparis

Artiste pluridisciplinaire engagée, Nalini n’hésite pas à s’impliquer, à donner son avis, à faire réagir le visiteur par les messages forts qui se dégagent de ses oeuvres.

L’artiste critique les actions politiques de divers pays tels que l’Inde, le Pakistan et les Etats-Unis qui peuvent avoir des impacts mondiaux, ainsi que la mondialisation.

Elle essaye de démontrer que dans la vie, tout n’est pas bon ou mauvais, blanc ou noir, avec l’utilisation dans ses peintures de démons et de dieux venant des mythologies hindoues et occidentales, car tout n’est qu’une question de point de vue. En effet, selon les régions du monde, les valeurs peuvent s’inverser. Une chose étonnante que l’artiste nous apprend, c’est qu’en Inde, les démons sont bons et les dieux méchants, l’opposé de notre culture occidentale. De quoi brouiller les pistes et de quoi faire perdre nos repères.

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Nalini Malani

Nalini Malani se bat pour un retour à l’humanité de la part des hommes grâce à son art, dans le but d’abolir les frontières. Il est donc évident qu’elle consacre une petite partie de son oeuvre à Gandhi et son humanisme, que vous pourrez découvrir au second étage dans une salle rouge spécialement construite pour l’occasion. L’artiste y fait une ode au Père de la Nation, qui a été trahi par son propre peuple.

Ensuite, pour Nalini Malani, la femme indienne, son statut et les maltraitances faites à son égard sont des éléments importants au sein de son oeuvre. L’artiste veut redonner à la femme indienne la place qui lui revient, c’est-à-dire une place égale à celle l’homme. On peut par exemple découvrir dans son travail qu’elle est fascinée par les geishas qui sont considérées au Japon comme des femmes libres et non comme des prostituées

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Nalini Malani

Concernant les médiums utilisés pour faire passer ses messages, Nalini Malani présente de gigantesques peintures contant des récits mythologiques féminins occidentaux et hindous (avec des personnages comme Cassandre, Médée, Sita, Alice, Esther, Indra,… ), des plus petites peintures, des vidéos, des églomisés donnant une profondeur étonnante à ses oeuvres, ainsi que des livres d’artistes rarement utilisés en Inde mais que Nalini emploie principalement lorsqu’elle n’a pas d’atelier.

Certaines de ses peintures sont comme des rêves colorés, remplis d’éléments symboliques, parsemés de morceaux de corps réalisés de façon figurative, éparpillés et flottant parfois comme dans un liquide transparent. Cette texture est rendue par l’utilisation du verre transparent derrière lequel Nalini peint parfois.

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Nalini Malani

Dans ses dessins et ses peintures, on retrouve donc souvent des morceaux de l’anatomie humaine, comme des intestins ou encore une oreille. Par l’utilisation de cette dernière, l’artiste accorde également beaucoup d’importance à l’instinct. On doit apprendre à s’écouter car c’est quelque chose que l’on a beaucoup négligé. Bref, Nalini Malani est une artiste d’une grande sagesse, qui respecte la condition humaine, qui a beaucoup appris durant sa vie et qui reste perpétuellement à l’écoute de ce qui se passe dans le monde. Son intérêt pour le corps humain lui vient des cours de biologie qu’elle a suivis à l’école secondaire et qui lui ont donné un goût pour l’art. L’artiste a donc commencé le dessin par des reproductions médicales qu’elle a faites pour des revues scientifiques. Le corps et la mémoire sont donc des éléments importants pour elle, que l’on retrouve à travers toute son oeuvre.

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Nalini Malani

Les livres d’artistes de Nalini Malani sont exposés dans des vitrines mais on peut également découvrir l’entièreté de ces dessins dans une vidéo. Durant la visite, l’artiste se remémore quelques souvenirs et se laisse aller à quelques poignantes confessions: « j’ai réalisé certains de ces dessins de mémoire. Je m’étais rendue auprès de personnes vivant dans la précarité tout près de mon atelier à Bombay dans le but de les photographier pour ensuite les dessiner. Mais je n’ai pas pu le faire. Ces gens pauvres habitent là où se trouvent d’importantes entreprises high tech et j’ai été trop touchée par leur condition de vie. C’était une forme de respect pour moi de ne pas le faire sur le moment même car ça aurait été une intrusion dans leur vie. Je les ai alors dessinés par la suite, de mémoire, dans mes livres d’artistes ».

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Nalini Malani

Enfin, au second étage du Centre de la Gravure se trouve une autre partie du travail de Nalini Malani, réalisé en collaboration avec des élèves de 12 à 18 ans venant de l’enseignement secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le travail se base sur le roman graphique du collectif indien PAO dont l’artiste a voulu rendre hommage et dont les planches sont présentées en ligne horizontale continue. Les élèves ont alors découpé des photos de journaux de presse indiens et internationaux axées sur le corps, pour ensuite venir les positionner de part et d’autre de la ligne horizontale, formant une sorte de graphique économique, mettant en relation tous les problèmes économiques des pays. 

 

Le deuxième artiste exposant parallèlement au Centre de la Gravure est Thierry Verbeeck, artiste belge, dans le cadre de Watch This Space #7, la biennale jeune création 50° Nord. Ses oeuvres sont directement visibles à l’extérieur du lieu ainsi qu’au rez-de-chaussée.

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Thierry Verbeeck
Le thème de cette biennale traite des frontières entre le réel et le virtuel, entre le privé et le publicEn effet, Thierry aime jouer de la relation de proximité avec ce dernier.
 
La première oeuvre visible se situe à l’extérieur du Centre de la Gravure, sur une de ses vitres. Celle-ci est transformée en un miroir sur lequel sont collées des mains blanches gantées formant un cercle. Chacune de ces mains ont des intentions claires a priori inoffensives: pouce vers le bas, un doigt qui montre, des mains qui applaudissent, etc. Elles représentent la distance et l’anonymat. Cependant, chaque personne marchant directement dans la rue est intégrée à l’oeuvre, l’encerclant de plus en plus et devenant ainsi menaçante
 
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Thierry Verbeeck

C’est de par cette installation que Thierry Verbeeck souhaite parler du monde numérique qui a de plus en plus d’impact dans notre vie, des nouveaux médias ainsi que de la culture de masse, basée sur l’interaction. Par ce biais, on est de plus en plus jugés par la communauté et c’est ce que démontrent ces mains gantées. 

 
Ensuite, à l’intérieur du Centre de la Gravure, vous pourrez découvrir au rez-de-chaussée une de ses oeuvres représentant des entartages. Le même processus est ici utilisé. Thierry emploie toujours un miroir, des mains blanches gantées mais cette fois portant des tartes à la crème. Des trous sont disposés par endroit de l’installation, juste à côté des tartes à la crème, donnant ainsi l’occasion au visiteur d’y glisser sa tête en se tenant derrière l’oeuvre, afin de donner aux autres visiteurs l’impression qu’il se fait réellement entarter. Hilarant! L’artiste permet donc aux gens un retour à la réalité. Il s’explique d’ailleurs à ce sujet: « Si chacun a droit à son quart d’heure de célébrité, alors chacun a droit à son entartage. On est toujours rattrapé par la réalité! ». Une jolie leçon pleine d’humour! 

 
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Pascale-Sophie Kaparis

Enfin, la troisième artiste exposant parallèlement au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée est l’artiste française Pascale-Sophie Kaparis. 

Dans le cadre de l’Atelier Ouvert, elle est régulièrement venue en résidence au Centre de la Gravure en 2012 et 2013. 
 
L’artiste présente aujourd’hui son projet « Figures mentales » composé de dessins représentant des portraits intérieurs, montrant des organes qui se modifient au fur et à mesure à l’aide de l’ajout de Tipp-Ex sur l’encre rouge utilisée. Ce travail est une ode à l’artiste Louise Bourgeois et à son traité de l’ophtalmologie. 

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Pascale-Sophie Kaparis

Pascale-Sophie Kaparis joue aussi dans son travail avec les limites de la folie et de la violence avec par exemple cette image choquante prise d’internet, imprimée en grand format, où l’on voit un jeune prisonnier Afghan torturé et jeté à la rue. Les bandes blanches de Tipp-Ex sont toujours présentes, recouvrant et effaçant peu à peu la douleur de la victime.

Cette exposition, visible jusqu’au 5 janvier 2014, présente trois artistes avec trois travaux très différents plastiquement parlant. Cependant, on ne peut nier ce lien très évident qu’est l’importance du corps dans les oeuvres de Nalini Malani, Thierry Verbeeck et Pascale-Sophie Kaparis. 

Si le travail de Nalini vous a conquis, un petit flip-book édité pour l’occasion et comprenant des illustrations de l’artiste est disponible au prix de 8€ (sans les frais de port). De quoi pouvoir posséder chez soi des dessins de l’artiste indienne à prix démocratique! On vous souhaite une bonne découverte et on espère que cette exposition vous plaira autant qu’à Belle&Belge.

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