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|| EXPO || « David Lynch, Circle Of Dreams – Estampes et courts métrages »: les dessous de l’exposition et concours

Depuis le 22 février, le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée (CGI) de La Louvière accueille dans ses murs l’exposition « David Lynch – Circle of Dreams » comprenant les estampes et courts métrages du réalisateur américain David Lynch. Pour l’occasion, Belle&Belge et le CGI vous proposent  de participer à un concours (voir les conditions en bas de l’article) afin de remporter le catalogue de l’exposition comprenant des reproductions des oeuvres exposées.  
Par ailleurs, on s’est rendus au vernissage afin d’en interviewer la directrice et commissaire d’exposition, Catherine de Braekeleer, ainsi que Patrice Forest, l’éditeur et imprimeur de David Lynch. C’est le moment de vous faire découvrir les coulisses d’un si beau et si grand projet. 

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L’interview 

Krystel Yorke, Belle&Belge – Tout d’abord, bonsoir à vous Catherine de Braekeleer et Patrice Forest. Merci de nous accorder un peu de temps pour cette interview. On aurait souhaité savoir comment vous est venue l’idée de faire une exposition sur David Lynch au Centre de la Gravure et de l’image Imprimée et dans quelles circonstances cela s’est-il produit ?
Catherine de Braekeleer – Le Centre de la Gravure est un lieu dédié à la création de l’image imprimée, de l’estampe et du multiple. Depuis 2007, David Lynch s’est pris de passion pour ce domaine de création. J’ai alors commencé à regarder et à suivre son travail. Il possède un univers formidable. Il a une manière d’aborder ce travail que je trouve  tout à fait fabuleuse. 
Indépendamment du fait que David Lynch est une star sur le plan cinématographique, ça m’a donné très envie de le présenter ici, à La Louvière. Et il se fait que je connais bien Patrice Forest, qui est son éditeur et son imprimeur. C’est donc de cette façon que petit à petit, les relations ont commencé à se mettre en place. J’ai eu de la chance car Patrice apprécie beaucoup ce que l’on fait ici au Centre de la Gravure et de l’image Imprimée. C’est grâce à ceci qu’il a parlé de notre lieu, de manière très positive à l’artiste. Il faut d’ailleurs savoir qu’à la même époque, Bruxelles, pour la citer, souhaitait également présenter une exposition sur les oeuvres de David Lynch. Mais finalement, l’artiste a préféré venir exposer à La Louvière plutôt que dans la capitale. C’est donc tout un ensemble de circonstances qui ont amené à la réalisation cette exposition. D’abord, le fait que je connaisse bien Patrice Forest, ensuite le fait qu’il apprécie beaucoup ce que nous faisons dans ces lieux, et pour finir, les faits que maintenant, David Lynch est vraiment passionné par l’estampe et que l’on possède un lieu spécialisé dans ce domaine de création, reconnu mondialement.


 
K.Y. – Combien de temps cela prend-il de préparer une exposition comme « Circle of Dreams »?
C.d.B. –  Ça prend du temps! D’abord on découvre un artiste qui fait un travail qui vous semble être digne d’intérêt et digne d’une exposition. En 2007, David Lynch démarre sa production. Je pense que je découvre les premières pièces en 2009. Ensuite, en 2010, je vois une première exposition à Gravelines. Et dès ce moment-là, je trouverais formidable de pouvoir faire une exposition avec lui. Donc, pour commencer, il y a les premiers contacts avec Patrice. Ensuite, avant de rentrer dans la phase pratique de la préparation, il faut voir si l’exposition est envisageable. Alors, Patrice et moi en parlons. L’idée lui plaît mais il faut aussi voir avec l’artiste qui habite à Los Angeles s’il est intéressé par le projet. Je profite d’une première venue chez Patrice pour rencontrer David Lynch. L’artiste y passe chaque année quelques semaines pour produire de nouvelles lithographies. Il y a alors un apprivoisement progressif entre lui et moi. Ensuite, un an plus tard, on se revoit une seconde fois. Petit à petit, les choses commencent à se mettre en place pour simplement obtenir un accord de la part de l’artiste. Après cela, on rentre dans la phase pratique et logistique de la préparation de l’exposition. Il faut savoir à quel moment on peut la faire, à quel moment les pièces seront disponibles et puis très vite on se retrouve au début de l’année 2013. 
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Patrice Forest et Catherine de Braekeleer

K.Y. – En parcourant l’exposition, on se rend compte du nombre important d’oeuvres de David Lynch exposées. Est-ce que c’est l’artiste lui-même qui décide de ce qu’il souhaite présenter au public dans le cadre de « Circle of Dreams »?
C.d.B. – Non, pas du tout. C’est ça qui est formidable. David Lynch est très généreux et très confiant. Il nous a dit: « Une fois que je vous dis que je suis content de faire une exposition chez vous, allez-y ». Par contre, il donne tout de même certaines indications pour certains aspects. Par exemple, Lynch souhaitait que le titre de l’exposition soit celui d’une de ses oeuvres, ce qui est régulièrement le cas. J’ai donc choisi « Circle of Dreams », une oeuvre que j’aime beaucoup, qui est quelque part une synthèse de ce qu’il est et de son travail. « Circle of dreams » ouvre d’ailleurs le début du texte du catalogue.
Après, on avait une complète carte blanche. Cependant, au niveau de la communication, l’artiste a demandé de suivre toutes les affiches, les catalogues, les invitations, les dépliants, etc. On les envoyait à Los Angeles pour avoir son accord. Il y eu très peu de remarques de sa part. Toutefois, pour l’anecdote, on avait préparé une très belle biographie mais David Lynch nous a dit: « Je ne veux pas de biographie, ni dans l’expo, ni dans le catalogue ». J’en déduis que c’est parce qu’il est un être vivant, en complète métamorphose de jour en jour. Et finalement, une biographie fixée sur papier ou sur un mur, ça fige un individu. Il nous a donc dit qu’il n’en voulait pas. On a alors tout enlevé.

 
K.Y. – Selon vous, quelles sont les forces de cette exposition? Qu’est-ce qui, dans l’univers plastique de David Lynch, peut séduire le visiteur ? 
C.d.B. – Ce qui peut séduire le visiteur, ce sont les forces ou la force de son univers. Je pense que c’est un univers qui est très interpellant, qui donne toujours à voir les deux côtés d’un individu, les deux côtés du monde. C’est ça qui me plaît dans son travail. Il aime pénétrer les profondeurs les plus intimes d’un mental, d’un monde ou d’un univers. On rentre dans une espèce de noirceur pour ensuite en faire ressortir la lumière. Cette dernière est en réalité très présente aussi. On n’assiste pas à une oeuvre univoque, qui se donne à lire de manière immédiate. Selon l’état d’esprit et l’humeur du jour de celui qui la regarde, l’oeuvre va se voir d’une ou l’autre manière. Le personne va alors se faire ses propres films. Ce qui est très certainement le terme adéquat quand on parle de David Lynch. Ce sont donc des multiples facettes qui apparaissent comme ça, de manière elliptique, car on est toujours dans une approche de clair/obscure. Ce sont des images qui sont englouties, puis qui ressurgissent par instant. Voilà la force de ce travail et de cette exposition. 
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12 lithographies imprimées sur BFK Rives, 2007  © Editions Item, 2009
K.Y. – Est-ce qu’on peut savoir où iront les oeuvres après cette exposition ?

C.d.B. – Elles retourneront chez Patrice Forest.
Patrice Forest – Oui voilà. Mais ces oeuvres ne sortent pas toujours et pas souvent. Il est donc vrai que c’est parce que le projet était intéressant que David Lynch a souhaité que cette exposition ait lieu. On reverra ces oeuvres sans doute, mais pas toute suite et pas partout. 
Il y aura peut-être un jour une extension, un « acte II » à cette exposition, avec d’autres estampes. Je ne sais pas encore. 
C.d.B – Mais il faut savoir que cinq d’entre elles restent chez nous, dans la collection du  Centre de la Gravure et de l’image Imprimée, puisque nous les avons acquises. Et Patrice Forest nous en a généreusement offert quatre autres qui viennent de rejoindre les cinq premières.

 
K.Y. – Est-ce que vous avez un message à adresser à nos lecteurs et aux futurs visiteurs de « Circle of Dreams »?

C.d.B. – Je souhaite qu’ils repartent les yeux plein de rêves car finalement « Circle of dreams » est une exposition où le rêve est omniprésent chez David Lynch. Il le dit d’ailleurs lui-même. Ses idées et ses images sont un peu comme des rêves éveillés, comme des visions oniriques du monde dans lequel nous vivons.
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« Man and woman meet at night », lithographie sur papier japon  © Editions Item, 2009

K.Y. – Combien de personnes attendez-vous pour cette exposition ?

C.d.B. – Beaucoup ! Chez nous c’est très variable. Ça peut aller de 1000 à 18 000 visiteurs. Mais je pense que cette fois-ci, on sera plus proche des 18 000 visiteurs. 

P.F. – Une chose qu’il faut dire et souligner, et que vous savez, c’est la force des réseaux sociaux et d’internet. Ces derniers partagent et font circuler l’information. Il y a une curiosité qui se crée à travers les médias traditionnels et les médias nouveaux. Par exemple, il a des gens à l’autre bout du monde qui écrivent dans leur langue: « On aimerait être présent au vernissage, on aimerait y être ». Par extension, on peut donc dire que beaucoup de gens sont intéressés par « Circle of Dreams ». Un autre exemple, c’est que le petit film qui se trouve en bas (on se trouve à l’étage, dans le bureau de la directrice pour cette interview), et qui réalisé par David Lynch en personne, a été visionné plus de 25 000 fois sur internet, en quelques jours. Ce qui veut dire que l’information circule bien. En effet, l’exposition est relayée par d’autres sites qui s’occupent de l’artiste. On peut donc dire que le Centre de la Gravure et de l’image Imprimée circule dans le monde entier. Des gens se trouvant aux quatre coins du monde savent qu’en ce moment, il s’y déroule une exposition consacrée à David Lynch. Grâce à internet, ça sort des frontières et c’est formidable. Cela vient également en complément du travail que vous faites actuellement. Alors concernant les pronostics, rien que sur la toile il y a déjà des milliers de visites. Les gens sont extraordinaires. 


 
K.Y. – Et Oui, pour Belle&Belge, l’interview sera également disponible sur la toile et partagée via les réseaux sociaux! Je vous remercie pour vos réponses et pour votre temps. Je vous souhaite une bonne continuation, ainsi que de belles futures expositions et collaborations à venir! 
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« Dreams of light in storm », 2009, lithographie sur papier japon  © Editions Item, 2011
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« Hello, Good Bye », lithographie sur papier japon  © Editions Item, 2007

L’exposition 

« David Lynch, Circle of Dreams – Estampes et courts métrages » est visible jusqu’au 19 mai 2013. En parcourant cette exposition, on découvre les estampes de David Lynch, placées sous verre, ainsi que des petits films et courts métrages, présentés soit dans la magnifique salle de cinéma spécialement conçue pour cette occasion au rez-de-chaussée du musée, soit à l’étage. On se rend compte que le rez-de-chaussée est un espace plus clair, peut-être plus dédié à la « lumière » dans le travail de l’artiste. En effet, on peut d’ailleurs y voir plusieurs séries de lithographies en couleur. Tandis que l’étage est quant à lui un lieu beaucoup plus sombre, aux lumières tamisées, plutôt dédié au côté « noir » de l’oeuvre de l’artiste. En effet, l’entièreté des oeuvres est en noir et blanc. Chez Belle&Belge, on a d’ailleurs une préférence pour ces dernières.
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« Who pulls the strings? », lithographie sur papier japon  © Editions Item, 2008
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« Hello, Good Bye », lithographie sur papier japon © Editions Item, 2007


L’univers de Lynch est directement identifiable au travers des estampes. L’artiste a la chance d’avoir trouvé sa propre « patte » artistique très rapidement. Les estampes sont plutôt brutes. Le clair/obscur est très marqué, très présent. On sent comme une urgence dans le traitement des oeuvres. Lorsque l’on s’en approche pour les contempler, on peut remarquer des lettres très fines inscrites dans ses représentations, formant des mots, donnant un sens à l’oeuvre qu’il propose. Texte et image s’entremêlent ainsi régulièrement, donnant un côté encore plus poétique à la production. Ses phrases forment en réalité les titres de ses créations. 
Le mouvement est également très présent, exprimé grâce à la technique de l’artiste qui utilise le plus souvent ses doigts pour créer l’image. Tandis qu’à l’inverse, dans le cas de certaines estampes il se dégage comme une sensation d’apaisement, de quiétude. On ressent alors comme une zone de flottement, là où le rêve et la réalité s’interpénètrent pour ne plus en apercevoir les frontières. 

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« Man floating in room alone », lithographie sur papier japon © Editions Item, 2009
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« I write on your skin how much I love you », lithographie sur papier japon  © Editions Item, 2010

A travers toutes ces oeuvres, on peut y découvrir une recherche au niveau des matières, des textures et des techniques utilisées. Il y a comme des parties organiques qui apparaissent par moment. On n’assiste pratiquement jamais à quelque chose de plat. Les oeuvres de David Lynch vivent.
De ces estampes se dégage quelque chose de fort, de brutal, mais aussi parfois quelque chose de triste, de sensible, d’ironique ou encore d’humoristique. Cette exposition montre un panel d’émotions en tout genre. Comment ne pas ressortir de là à la fois bouleversé et touché? 

Le travail de David Lynch ne laisse en aucun cas indifférent. Chez Belle&Belge, on vous conseille de vous rendre au Centre de la Gravure et de l’image Imprimée, que vous soyez fans ou non des films et courts métrages de l’artiste. Vous en ressortirez changé dans votre perception des choses, du monde qui vous entoure, de l’art ainsi que dans la perception que vous avez de vous-même, en tant qu’individu pensant et ressentant. 

« Insect bites woman », pierre et lithographie sur papier japon © Editions Item
« Circle of dreams », lithographie sur papier japon © Editions Item, 2008

Projections de quelques films de David Lynch au cinéma


Le musée organise également un « Cycle Lynch sur grand écran » en collaboration avec le cinéma « le Stuart » de La Louvière. Deux projections ont déjà eu lieu et il en reste deux dernières à ne pas manquer: 

* Jeudi 11/04/13, 20h: SAILOR ET LULA, 1990

* Jeudi 25/04/13, 20h: INLAND EMPIRE, 2007
Pour ces deux soirées, le musée restera exceptionnellement ouvert en nocturne, jusque 20h. 
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« Red airplane over the water », bois gravé imprimé sur BFK Rives  © Editions Item, 2012 et entrée de la salle de cinéma du musée
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Un des courts métrages de David Lynch,  visible dans la salle de cinéma du musée
Le concours

Pour vous remercier de suivre Belle&Belge chaque jeudi, voici un petit concours organisé par le webzine, avec l’autorisation du Centre de la Gravure et de l’image Imprimée. 
Pour tenter de remporter le catalogue de l’exposition « David Lynch, Circle of Dreams », voici la marche à suivre. Le concours est uniquement ouvert à la Belgique!

1. envoyer un e-mail à …. 
2. écrire dans l’objet : « concours catalogue David Lynch »
3. écrire votre nom, prénom et vos coordonnées
4. écrire en quelques lignes ce que vous appréciez chez l’artiste (parcours, films, estampes,…) et pourquoi.


Vous avez jusqu’au jeudi 18 avril 2013 à minuit pour participer.
Le gagnant sera alors tiré au sort et contacté par e-mail.
 Bonne chance à vous, chers lecteurs! 
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Catalogue de l’exposition © www.centredelagravure.be

rédigé par La Rédac’ Chef 

 sa fiche de chroniqueuse (à venir)

 ses précédents articles

 

0 commentaire

  1. Bonjour,Je pense que Patrice Forest faisait avant tout allusion à notre page http://www.fb.com/lynchland quand il évoquait le partage efficace de l’info à propos de cette expo sur internet. Un petit coup de pouce dans une réactualisation de votre article serait apprécié ! :-)Bon week endRoland K. / Lynchland

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